Plus que les autres, les vacances de Noël sont pour moi synonyme de lecture. Probablement parce que j'ai horreur du froid, donc rester sur mon canapé au coin du radiateur est une occupation parfaite. Tout le monde en route, accrochez vos ceintures, aujourd'hui je vous livre (ouarf ouarf ouarf) quelques réflexions sur les romans classiques anglais d'il y a longtemps.

A ce propos, cette année le Père Noël (qui me connaît comme s'il m'avait fait tiens. Etrange) m'a apporté deux bouquins. Le premier, "la mauvaise élève", je vous le recommande. Un polar italien assez savoureux, dont l'héroïne est une gourdiche étudiate en médecine légale qui SAIT qu'elle est une gourdiche. Ce genre de prise de conscience a tendance à me faire passer mes envies de foutre mon bouquin au feu quand l'héroïne est vraiment trop... trop...  enfin, trop quoi. Le deuxième, "le peigne de Cléopâtre", il ne faut PAS le lire un dimanche gris de novembre. C'est un roman suédois, et mes parents se sont laissés abuser par la quatrième de couverture qui décrit ça comme un roman assez primesautier.  Quatrième de couverture, grosse menteuse. Les 3 trois protagonistes ont eu une enfance de merde, nous la racontent, sont complètements paumés et continuent à trimballer leurs valises lourdes de traumatismes sur 400 pages. J'ai lu le bouquin d'une traite et je suis allée me mettre dans les bras de l'Homme, au bord des larmes. L'Homme a répondu "non mais pas maintenant, je joue aux zombies là". Bizarrement, ça allait mieux.

 

Je digresse, je digresse. J'étais donc partie pour vous raconter que j'ai profité de ma quinzaine pour me replonger dans l'intégrale des romans de Jane Austen. Pas de panique, elle a écrit 5 bouquins (6 si oncompte Lady Susan, qui n'est paraît il qu'une nouvelle. Il faut que je me le procure). Allez savoir pourquoi, Jane Austen est un de mes auteurs préférés.

Ne nous mentons pas, il ne se passe quasiment rien dans ces bouquins. Tout se passe dans l'atmosphère feutrée de la gentry anglaise, dans de grandes maisons à la campagne/à Bath (Bath, le lieu à la mode de l'époque. On y va pour "prendre les eaux". J'ai visité Bath quand j'avais 13 ou 14 ans, et le souvenir que j'ai de l'eau des thermes c'est qu'elle a un vieux goût d'oeuf pourri. Sympa, comme endroit pour se réunir, non ?). L'objectif principal et totalement avoué est de faire se marier les filles. Si possible avec un gars pas trop con et riche, et s'il est seulement riche, alors on trouvera le moyen de pas passer trop de temps ensembles. Je trouve ça tellement reposant. Pas de meurtre sordide, pas d'enlèvement d'enfant par un malade mental traumatisé par ses parents qui se sont suicidés devant lui, bref, pas de sensationalisme à outrance. Enfin, pour maintenant, s'il en tourne à l'époque c'était hautement subversif.  Quand on manque de mourir dans un roman Austenien, c'est parce qu'on a chopé une sale fièvre à force de faire la teuf, ou parce qu'on s'est gaufrée sur une jetée. Rien que de très "normal" en somme. 

Ce que j'aime particulièrement, c'est la langue. Jane Austen manie le sarcasme et la dérision avec brio. Ses imbéciles sont de vrais imbéciles, et ils osent tout, c'est d'ailleurs à ça qu'on les reconnaît. J'aime aussi cette lenteur qui se dégage de ces romans. A l'heure de l'info instantanée et des transports low cost qui nous emmènent partout en un rien de temps, c'est plutôt dépaysant. Quand on rend visite à quelqu'un, c'est pour plusieurs mois (tant qu'à se taper 3 jours de voyages en diligence,autant rentabiliser, hein), on s'écrit des lettres, dont on attend la réponse plusieurs jours, même les problèmes domestiques les plus insignifiants sont réglés en plusieurs jours, parce que bon, on a que ça à faire, alors autant faire durer.

J'ai beau adorer mon statut de femme indépendante, qui travaille et gagne sa vie (même si je déteste monboulot. D'ailleurs, je vais bientôt vous parler soit de mon licenciement, soit de ma mutation. Aaah),  il m'arrive de rêver d'être une jeune anglaise de 18 ans, prête à se marier, dans la gentry de 1810, et qui prépare son entrée dans le monde et à Bath. Et puis après, je me souviens qu'elles passent leur temps à broder, et ça va mieux.

 

La plupart du temps, quand je parle de Jane Austen, on me répond "oh ! Tu devrais de pencher sur les soeurs Brontë alors, ça devrait te plaire!". Hum. Comment le dire simplement? Je déteste l'oeuvre des soeurs Brontë. Pour moi, Heathcliff est un odieux connard égoïste, Catherine une dinde superficielle et son futur mari, une couille molle. Je n'arrive pas à ressentir la moindre empathie pour les personnages, ni pour le narrateur d'ailleurs.

Jane Eyre, on en parle ? Quand on prie Dieu tous les jours et qu'il n'arrive manifestement qu'à te sortir d'un pétrin pour te mettre dans un autre, on révise son jugement non ?!?  C'est typique de l'héroïne gourdiche dont je parlais au début. Ma seule envie, c'est de rentrer dans le bouquin, de la secouer un grand coup en hurlant "mais tu vas te sortir les doigts oui ?!?".  Et puis, sérieusement, quand on se rend compte qu'une femme est manifestement séquestrée dans l'endroit où tu habites, l'idée c'est quand même d'appeler les flics, non ? Non ? Bon, d'accord. Oh, et puis cette idée de se barrer d'un coup, en plein hiver, sans un rond, parce que ton histoire d'amour à mal tourné, c'est pas un peu une idee de merde ? Ca sent pas la pneumonie mortelle à 100 pas, ça ? A propose de pneumonie mortelle... C'est quoi cette manie qu'elles ont toutes de faire crever leurs personnages ? On se croirait dans un Zola, ambiance Germinal après le coup de grisou, transposé dans les landes du Nord de l'Angleterre.

Agnès Grey, même s'il est un peu plus optimiste, ne me ravit pas tant que ça. Tu la vois arriver, la morale lourdingue avec ses gros sabots ? "l'argent, ça pervertit les gens, il vaut mieux être plus pauvre et travailler". Si l'argent ne fait pas le bonheur, donnez le moi, je suis open pour être malheureuse à votre place.

 

Ces quelques réflexions pour réouvrir le blog à la circulation, vous souhaiter une bonne année à tous, et espérer que je me fasse moins rare par ici.