Le ramdam des résultats du bac, chaque année, ça me fait un petit quelque chose. Cette année, ça me fait un quelque chose un peu plus gros: j'ai passé (et eu)(parce que bon, le passer c'est une chose, l'avoir c'en est une autre) mon bac il y a tout pile 10 ans.

Ca m'a fait penser à ma première (et unique)(faut pas abuser des bonnes choses) année de prépa. Je crois que la première fois que je me suis honnêtement demandé ce que je foutais là, c'était en septembre 2006, à la rentrée. Les années précédentes, c'était facile. Il fallait avoir de bonnes notes et hop, on passait en classe supérieure. Pas de prise de tête, pas de choix à faire. Même mon passage en S, c'était un non choix: tous mes professeurs, et mes parents, me disaient "t'as des bonnes notes, fais S". Alors que j'aurais bien aimé faire une filière littéraire. Je pense que j'aurais été très contente d'approfondir l'espagnol, une langue que j'adorais, et éventuellement en faire mon métier. Bref, les choses se passent rarement comme on le pense.

En terminale, il a fallu choisir son orientation. J'avais encore de bonnes notes partout, surtout en physique. Je savais bien que mes notes de physique chimie étaient surtout dues au fait que je possédais manifestement le même recueil d'annales de bac que mon prof, et que tous les exos des contrôles en sortaient. Il suffisait que je me pose un mercredi aprem, que je fasse tous les exos du livre en rapport avec l'interro, et hop, c'était dans la poche. Pour être honnête, il y a une part de fausse modestie là dedans, puisque je me suis quand même arrogé un 17 à l'épreuve du bac, et le luxe de terminer avec 45 minutes d'avance sur une épreuve de 3h30. Ouais, 10 ans après je m'en souviens encore. C'est con, la mémoire.  Donc en terminale, ça a été le choix de la prépa à dominante physique/chimie. La voie royale, paraît il. Voie royale, mais qui mène à quoi ? Comme dirait l'autre, il n'est de vent favorable à celui qui ne sait pas où il va. Pour les études, c'est pareil. Choisir une voie royale, quand tu sais pas vers quoi tu veux aller, c'est pas la meilleure des options.

Tout ça pour me retrouver en amphi, un beau (non) matin de septembre 2006. Je trouve deux têtes connues, on s'installe ensemble. Les profs font l'appel, on est répartis dans deux classes (et je suis pas dans celle des deux que je connais)(topis)(le karma, déjà). On rigole nerveusement en faisant des jeux de mots sur les noms de famille des autres. Je regarde autour de moi, et je me rends compte qu'ils ont tous l'air intelligents, sûrs d'eux, prêts à bouffer le foie du copain si ça permet de gagner une place au sacro saint concours de seconde année. En réalité, je pense qu'ils avaient tous autant la pétoche que moi pour ce premier jour.

Mon prof de physique se fend d'un petit discours et nous traite de "bande de Zigomars". Zigomar, son personnage préféré. Je ne compte plus les exercices où il faut trouver en combien de temps Zigomar arrête son train lancé à pleine vitesse et s'il va écraser Marguerite la vache, qui est sur les rails à 110 km de là (je crois me souvenir que c'est pas bien barré pour Marguerite), ou je ne sais quel problème sur le frigo de Zigomar, sans oublier le célèbre "Zigomar part dans le système solaire", à l'occasion d'un contrôle de mécanique.

Ma prof de maths nous fait également une harangue. Je suis un peu étonnée qu'on se fasse pas traiter d'élite de la nation (c'est le prof d'anglais qui le fera), mais elle nous explique qu'on est pas là pour rigoler et que elle, personnellement, elle est là pour qu'on en chie. Elle n'a pas dit qu'elle sera notre pire cauchemar, elle a juste distribué les emplois du temps: 2h de maths, tous les jours, de 8h à 10h. Elle l'a pas dit, mais on l'a bien compris. Elle nous a ensuite emmené dans notre salle de classe, dont on ne bougera que pour aller en TP, ou en amphi de physique (parce que le tableau était sur deux niveaux et que je soupçonne mon prof de physique d'être trop bordélique pour s'organiser avec un tableau tout simple)(et aussi, je pense que ça le faisait marrer de faire descendre/monter les tableaux). Quand t'es en prépa, t'as plus de temps à perdre à changer de classe, ce sont les profs qui viennent à toi. Ca veut dire beaucoup de choses, je trouve. Léger brouhaha. Chacun trouve sa place, place à laquelle il devrait rester toute l'année environ (moi, je suis restée à la mienne un trimestre, pis après un copain de mon collègue de table a décidé que c'était sa place. Moralité, je me suis retrouvée au premier rang, à côté d'une fille qui pigeait encore plus rien à rien que moi (c'est-à-dire qu'après que le prof disait "bonjour", elle était larguée), et dans le courant d'air de la porte. Le karma). On s'assoit. On se dit qu'on va commencer la journée cool. Avec un peu de chance, y'aura ptêt même pas de vrai cours.

On avait raison, y'a pas eu de vrai cours. Interro surprise sur les fondamentaux de terminale.

Première fois de ma vie que je me regarde dans le blanc des yeux (faut un peu d'entrainement) et que je me pose honnêtement cette question: "putain, mais qu'est ce que je suis venue foutre ici ?".