Je pense globalement être passée maître dans l'art de me retrouver dans des situations surréalistes. Certains ont une bonne fée qui se penche sur le berceau, moi c'était manifestement le dieu du WTF.

Y'a eu la fois où j'ai regardé partir notre voiture sur un plateau, un dimanche à 16h, dans une station de ski, alors qu'il commençait à neiger. Y'a eu la fois où on est tombés en panne en rentrant d'un mariage et où l'Homme a fait une réparation avec un caillou et une cuillère en plastique qui trainait sur la route. Y'a eu la fois où on a failli couler avec le bateau de beau papa (celle là, il faut vraiment que je vous la raconte, elle est collector)(tu sais que la situation se met à schlinguer grave au moment où t'en vois un déballer les gilets de sauvetage)(on y reviendra). Mais rien ne vaut le surréalisme de se faire couler un bain un dimanche soir à minuit.

 

Il faudrait que je commence par le début de cette histoire.

Tout a commencé le soir où l'Homme a sauvé mon poisson rouge de la noyade. Sauf que je ne le connaissais pas, et qu'après on ne s'est plus reparlés pendant un an. Ok, je fais une avance rapide.

Tout a commencé l'an dernier. A cause d'un entretien d'embauche, qui ne s'était pas si mal passé, mais qui m'a fait comprendre qu'il fallait que je passe à autre chose, et qu'il était trop tard pour cet avenir pro. J'aurais du m'attaquer à cette voie dès ma sortie d'école et pas 5 ans après. Alors en rentrant à la maison, j'ai réfléchi à beaucoup de choses. Et trois semaines après, par un mardi de juillet, j'ai fait la route pour aller au boulot en pilotage automatique, après avoir vu deux traits sur un batonnet. Partagée entre "wouputain, c'est génial" et "merde merde merde". J'étais donc enceinte, pour les trois du fond qui ont du mal à suivre. Ce même matin, un cabinet de recrutement m'a contactée pour me proposer un entretien pour le job que j'occupe maintenant. Certaines journées sont un poil plus chargées que d'autre.

Pendant les 9 mois qui ont suivi, il s'est passé plein de choses. Un épuisement général au premier trimestre. Des chutes de tension au dernier. Des vacances sur un voilier. Un presque naufrage sur un bateau à moteur (oui, je vous le raconterai). Une démission. Une embauche. Un nouveau rôle pro à assumer. Un nouveau rôle perso à tenter d'appréhender (spoiler alert: ça ne se passera de toute façon pas comme vous le pensez). L'anniversaire d'une de mes tantes et la redécouverte de mes cousins et cousines. L'annonce à nos parents ("hein ? Mais, Sassinak, t'as toujours dit que tu voulais pas d'enfant". Ouais, et j'ai pas tout à fait fini de revoir ma position, alors si on pouvait éviter le sujet). Des échographies ("Oh, c'est facile, je vous laisse deviner, vous voyez quoi ? - Ben là je vois une tortue. Oh, il a bougé, on dirait plus un lamantin là"). Des rendez vous de suivi. Une préparation à l'accouchement ("et donc, l'épisioto... - LALALALALALALALAL J'ENTEND PAAAAS"). Des angoisses (mais je vais jamais y arriver). Des appréhensions (et s'il est moche ou con ? Ou les deux ? Et si je m'en rend pas compte et que personne ne veut me le dire ?). Et une petite graine qui grandit.

 

Et puis il y a eu ce dimanche de mars. On a fait une grasse mat. On a parlé de l'arrivée du lamantin. On a fait un câlin au chat. L'Homme m'a emmené faire une balade en voiture pour me faire prendre un peu l'air, rapport au fait que j'avais tellement mal partout que me déplacer dans la maison était devenu un calvaire. On a discuté, on a bien rigolé, on a fait des photos du bord de mer et des photos de l'Estérel. J'ai fait la sieste. Dimanche soir, j'ai imposé le film qu'on a regardé (moi qui ne regarde jamais la télé le soir). Pendant le film, j'ai commencé à avoir mal au ventre. J'ai pris deux spasfon et j'ai attendu que ça passe. Pour une fois qu'un film me plaît, je compte bien le regarder jusqu'au bout.

Sauf que c'est pas passé.

Après pas mal de tergiversations, j'ai appelé la maternité.

"Vous vous faites couler un bain, vous prenez deux spasfons et vous voyez si ça passe.

- Euh, d'accord. Mais c'est combien de temps un bain ? [NDLR: c'est parfois un peu dur d'être de la génération à qui on a toujours expliqué qu'en prenant un bain, on était directement responsable de la mort des bébés phoques. Moralité, j'avais pas pris de bain depuis mes 6 ans]

- ...

- ...

- Ben, 45 minutes, un bain quoi.

- Très bien, je vous remercie".

 

Voila comment je me suis retrouvée à me faire couler un bain un dimanche soir à minuit. Et à y mettre des boules de bain, parce qu'on est pas des bêtes. Et à me glisser dans l'eau en rêvant de me glisser dans mes draps. Avec un bouquin parce qu'il faut bien admettre que dans un bain, on se fait un peu chier.

J'ai toujours pas fini mon livre. J'ai réveillé l'Homme pour aller à la maternité. Heureusement que j'avais bouclé la valise 3 jours auparavant (sérieux, c'était moins une). Quelques heures plus tard, j'avais mon crapaud dans les bras. Quelques heures plus tard, on était devenus une famille.

 

IMG_20160317_164923161